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Migration et Immigration

Migration/ Immigration

Le professionnel s’interroge

Quels attitudes professionnelles vis-à-vis des parents? Les objectifs professionnels? Les moyens?

Quelle est la situation sociale du parent ? Quels sont ses vécus émotifs ? Comment ses perceptions des valeurs de la société d’accueil orientent son approche éducative et les soins données à son enfant ?

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Le soutien à la parentalité adressé aux parents migrants : la diversité mise en valeur

 

La parentalité, concerne les soins, les pratiques éducatives, les valeurs que les parents vont transmettre à leur(s) enfant(s). Si certains aspects de la parentalité incombent aux parents, d’autres peuvent être soutenus et pris en charge par la société.

Toute action de soutien à la parentalité vise donc à accompagner le sentiment de compétence parentale des parents ; le professionnel prend du temps pour analyser la situation, se décentrer de ses représentations et écouter les parents.

Chaque société envisage de faire de l’enfant un adulte qui sera capable de vivre en société. Les parents migrants sont, d’un côté,  porteurs des significats propres à leurs appartenances sociétales, idéologiques, religieuses et culturelles, et de l’autre côté, ils cherchent à connaitre, comprendre les codes de la société qui les accueille. Il n’est donc pas toujours aisé pour ces parents de trouver un équilibre sans craindre de perdre leur identité.

Ainsi, certains d’entre eux vont croiser la route de professionnels qui tenteront de les accompagner, les aider voire les soutenir dans différents domaines, tels que leur socialisation ou leur accès au marché de l'emploi, mais aussi dans l’exercice de leur parentalité.

Savoir que la trajectoire migratoire d’une famille n’est pas identique à une autre, être conscient que les habitudes et les rituels des parents, appris dans leur pays d’origine, ont un impact sur les soins ainsi que sur l’éducation qu’ils donnent ici à leurs enfants, connaitre les situations sociales des familles migrantes concernant les difficultés et freins qu’elles rencontrent, peut aider le professionnel à prendre du recul par rapport à ses représentations. Cela ne signifie toutefois pas que le professionnel aura une connaissance complète de la situation de la famille.

Le professionnel, même le plus expert, même le plus décentré de ses représentations, même le plus conscient du processus d’acculturation en cours auprès des parents, est toujours dans un positionnement d’écoute, il pose des questions au parent pour comprendre quelles sont ses valeurs et croyances, en évitant de juger l’attitude du parent vis-à-vis de son enfant. Le risque de jugement est davantage majeur lorsque la culture d’appartenance du parent s’éloigne de la nôtre.

Les vécus traumatiques, le caractère involontaire de l'immigration ou les croyances au sein de la famille ne représentent que quelques facteurs qui impactent la parentalité. L’âge de l’enfant, le statut du séjour du parent, la présence d'autres membres de la famille, le vécu du risque d'être renvoyé dans un pays où la guerre prend de plus en plus place, ont aussi un impact sur les représentations et les vécus des parents.

Quels sont les objectifs des professionnels dans l’accompagnement du parent migrant?

Le parent migrant est en train d’adapter à ses représentations de la famille, de l’enfant et de lui-même en tant que parent, un nouveau système de valeurs et de pratiques éducatives, plus ou moins convergent avec le sien. Le parent pourrait avoir besoin d’être accompagné dans la double finalité de se reconnaitre et d’être reconnu dans ses compétences parentales ; établir une alliance éducative parent-professionnel visant le bien-être de l’enfant est primordiale.

Pour ce faire il est nécessaire d’interroger les représentations du parent concernant la place de l’aide, la place du professionnel,… Ouvrir un espace de parole qui permette au parent de s’exprimer avec le professionnel et ou de rencontrer d’autres parents pourra être envisagé. Il a besoin d’être écouté, ce qui lui permettrait d’accorder sa confiance au professionnel et de suivre ses conseils.

Dans certaines cultures, le discrédit du rôle parental peut être vécu comme particulièrement intrusif et synonyme d’attaque à l’identité culturelle et personnelle, ce qui engendrerait une résistance ultérieure vis-à-vis du pays d'accueil.

N’oublions pas que la famille est un repère pour l’enfant; dans son meilleur intérêt, il est donc nécessaire de créer une alliance éducative avec les parents.

Connaitre le réseau permet au professionnel d’orienter le parent vers le service le plus adapté à la situation du parent.Il assure également une continuité de la prise en charge, toujours dans le respect du secret professionnel partagé, et reste également à disposition du parent afin de ne pas perdre la confiance gagnée.

Le professionnel peut être mis en difficulté par le fait de devoir respecter à la fois les lois belges, visant notamment la protection de l’enfant, et les significats, valeurs et appartenances des parents. Reconnaitre les acteurs activés par les parents, qui peuvent être un levier pour désamorcer certaines situations, est aussi important que de (re)connaitre le réseau des autres professionnels.

Par exemple le rôle d'un ami qui intervient en tant que traducteurs lors des réunions parent-professeurs.

S’appuyer sur les acteurs du réseau est davantage important face à une situation qui questionne le professionnel.

Quand les pratiques éducatives font débat : comment aller à la rencontre des familles en toute bienveillance ?

 

Quelles sont les questions que se posent les professionnels afin de comprendre la situation du parent migrant?

 - Vécus précédents

Si la famille a subi des traumas et des ruptures, un accompagnement visant la création de liens et la reconstruction de cohérence entre projet de vie et parcours migratoire, devrait être mise en place en restant davantage attentif aux événements qui, à présent, pourraient être vécus comme traumatiques tant pour les parents que pour les enfants (par exemple une hospitalisation).

- Convergence entre projet de vie et ‘‘projet’’ migratoire

Souvent les parents qui ont choisi d’émigrer dans un autre pays ont plus de ressources personnelles dans la mesure où ils ont probablement réfléchi aux opportunités offertes par le pays accueillant ; l’investissement de ces parents sur leurs enfants, notamment en ce qui concerne la réussite d’abord scolaire et ensuite professionnelle, représente un des principaux critères de réussite personnelle pour le parent. Des trajectoires migratoires involontaires rendent plus vulnérables les familles migrantes. Par exemple, les parents demandeurs d’asile, souvent issus d’une trajectoire migratoire involontaire, voire en situation d’exil, vivent dans l’incertitude que leur demande ne soit acceptée, ce qui a un impact tant sur le niveau de stress vécu que sur le sentiment de compétence parentale.

Le professionnel sera également attentif à considérer la possibilité que le choix de migrer convenait aux deux parents, ou bien que l'un des deux parents ait plus de difficultés à immigrer.

- Répartition des rôles parentaux

Une attention particulière concernant les rôles parentaux mérite d’être mise en place. En effet, il arrive que toute la famille n’émigre pas ensemble. Ainsi, durant toute la période de séparation, les rôles parentaux ont été redéfinis, parfois les enfants plus grands endossant certaines responsabilités. En cas de regroupement familial, un nouvel équilibre est à trouver. En outre, les codes du pays d’accueil peuvent différer de ceux des parents migrants. Cela pourrait se manifester, par exemple, à travers une implication du père dans des fonctions « maternelles », qu’il n’aurait jamais mise en place dans son pays d’origine à cause des représentations des rôles « homme » et « femme » au sein de la société. Pour le professionnel, il s’agira d’identifier les rôles de chacun des parents et des enfants afin de mieux cerner à qui s’adresser et éviter ainsi toute projection de sa part. Est-ce si dérangeant de ne s’entretenir qu’avec l’un des parents à propos de l’enfant ?

- Pratiques éducatives au sein de la famille d’origine : quels que soient la culture d’appartenance des parents, leurs codes, croyances et donc les pratiques éducatives, certains aspects sont récurrent, voire universels

  • Tous les parents du monde savent que c'est à eux d'assurer la survie et la santé de l’enfant.
  • Dans tous les groupes culturels, les parents stimulent l’enfant en vue d’assurer son développement social et cognitif.
  • Dans tous les groupes sociaux les parents ont la responsabilité de transmettre des valeurs culturellement adaptées.

En arrivant dans un autre pays, certaines pratiques éducatives sont en décalage, ne sont pas toujours comprises, adaptées à la culture/société accueillante. En effet, tout dépend du système et de la hiérarchie des valeurs de la société en présence.

On se réfère, par exemple, aux habitudes de maternage des cultures qui privilégient un contact plus prolongé avec l’enfant au développement de son autonomie. Cela pourrait avoir un impact l’entrée en collectivité de l’enfant.

- Vie communautaire et structure familiale nucléaire

Lorsque la famille quitte un contexte de vie où tout un village s’occupait du développement social et émotionnel de l’enfant, les parents perdent des repères importants et en même temps leur sentiment de compétence parentale est mis à mal. Dans certains pays, des figures proches telles que les grands-parents, jouent un rôle important et régulateur des dynamiques familiales (par exemple de modération de l’autoritarisme paternel). La famille immigrée qui passe d’une structure familiale élargie à une structure nucléaire, vit souvent isolée et les enfants grandissent dans un contexte qui leur offre des stimuli différents, ce qui pourrait questionner les parents.

- Perception des valeurs éducatives de la société d’accueil

La perception négative des valeurs éducatives véhiculées par notre société a un impact sur la crédibilité des intervenants et des conseils donnés ; cela, à son tour, modifie l’alliance éducative parent-professionnel qui est à la base de toute action de soutien à la parentalité.

 

Quels outils et réseaux peuvent aider le professionnel à accompagner les parents migrants ?

 

Le professionnel pourra choisir les outils et les activités de soutien à la parentalité les plus adaptés aux particularités de la situation, en tenant compte l'intérêt primordial de l'enfant.

Voici une répartition possible des outils et des services d'accompagnement de la parentalité, créée à partir des besoins des parents migrants :

  • Outils et services qui aident les parents à expliquer leur histoire d’immigration ou qui, en général, visent l'éclairage des situations: la présence d'un interprète est un outil clé pour les parents qui ne maitrisent pas le français, étant donné que la langue maternelle permet d’exprimer les émotions et de trouver les mots les plus adaptés.
  • Outils et services qui favorisent la rencontre avec d’autres parents : expériences favorisant la recréation d’une communauté, visant la socialisation, la sortie de l’isolement social. Par exemple vidéo.
  • Outils et services qui permettent l'expression de compétences et traditions : événements tels que l'auberge espagnole ou des cours de théâtre. Par exemple vidéo.
  • Outils et service qui permettent la maitrise de la langue française, comme des tables de conversation.
  • Outils et services qui aident les parents à la compréhension et à l'acceptation des pratiques éducatives et des soins ainsi que du système belge, tels que les fiches « Des images pour accompagner les parents au quotidien », les valisettes de l’ASBL « Lire et Ecrire ».
  • Outils et services qui accompagnent les parents dans leurs démarches quotidiennes et bureaucratiques

En outre, le professionnel vise à activer toutes les ressources déjà présentes auprès des parents.

 

Quelles ressources activer auprès des parents migrants ?

  • La langue maternelle véhicule des nuances et touche les émotions des individus. Le professionnel veillera à ce que les parents ne perdent pas l'habitude d'échanger avec leurs enfants dans la langue maternelle, afin de renforcer le lien parent-enfant. En effet, lorsque l'immigration dans un autre pays coïncide avec le changement de la langue parlée à la maison, l'enfant expérimente une rupture ultérieure, ce qui est susceptible d'avoir un impact sur son développement ainsi que sur sa réussite scolaire.
  • L'organisation familiale: les changements au sein de la structure familiale peuvent être conçus plus ou moins positivement par la famille. Les professionnels peuvent aider les parents à détecter des personnes ressources dans l'entourage, qui remplacent la famille élargie restée au pays d'origine.
  • Les enfants sont passeurs de «culture» dans la mesure où les activités destinées à eux peuvent permettre aux professionnels d’approcher les parents et d’aller à la rencontre de parents « isolés ». Ces activités peuvent demander de temps à autres une implication des parents aussi bien dans leur relation avec l'enfant que dans leurs relations sociales.

Qui sont les parents issus de la migration?

 

Les parents demandeurs d’asile ou ayant vécu un parcours d’immigration traumatique ne sont pas les seules personnes issues de l’immigration. En effet, la plupart des immigrés sont des ressortissants de l’Union Européenne dont les personnes issues de l’espace Schengen sont souvent appelées ‘‘expats’’. Parmi la petite tranche des immigrés, non ressortissants de l’espace Schengen, certains  possèdent un visa et d’autres sont demandeurs d’asile, en statut de réfugié ou de protection subsidiaire, ou encore en séjour irrégulier (les ‘‘sans papiers’’). Selon le statut du migrant, ou de la famille migrante, la législation belge diffère (voir par exemple le site de la Croix Rouge).

En ce qui concerne le soutien à la parentalité, ce type d’informations est relativement important, dans la mesure où elles ne sont que des étiquettes si elles ne sont pas accompagnées par des explications et explicitations des parents. En renvoyant le lecteur intéressé à des sites spécialisés en matière d’immigration, il est important de retenir qu’au niveau psychosocial toute migration est susceptible d’engendrer une rupture entre cadre culturel interne et cadre culturel externe, ce qui est donc potentiellement traumatique.

Comment aider les parents à mettre en place des temps de qualité avec leur enfant ?

 

Le professionnel, lors de son travail d’accompagnement des parents migrants, sera attentif à leurs contextes de vie ainsi qu’à à leurs trajectoires (pré)migratoires, dans l’objectif de permettre aux parents de rester disponibles envers leurs enfants et d’exercer leurs fonctions parentales dans des conditions suffisamment bonnes.

Un parent primo-arrivant, qui ne connait pas du tout le français, aura besoin de la présence d’un interprète dans ses interactions avec les professionnels. Un parent qui n’a pas de proches ni d’emploi et qui n’a presque pas d’occasions pour échanger sur les difficultés qu’ils rencontrent notamment en ce qui concerne les soins et l’éducation de son enfant, sera peut-être soulagé que le professionnel lui propose un espace où il pourra rencontrer d’autres parents. Un parent qui, suite à son divorce, ne verra pas son visa être renouvelé, se sentira probablement soulagé d’être accompagné dans les démarches administratives, afin d’être plus disponibles envers ses enfants.

Ces ne sont que des pistes de réflexion, puisque les outils choisis dépendront d'une analyse de tous les facteurs qui impactent la situation et le contexte de vie de la famille.

Un travail de prévention est toujours souhaitable, centré sur l'échange des informations et sur la négociation du sens culturellement donné à la parentalité. L’objectif étant de permettre aux parents de profiter de moments de qualité avec son/ses enfant(s).

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